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Vendée Globe : quand les marins aident les scientifiques à préserver les océans

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@Yvan Zedda/Alea #VG2020
Non seulement ces navigateurs participant au Vendée Globe doivent affronter les éléments mais ils aident aussi les scientifiques dans la préservation des océans.

Le Vendée Globe est à ce jour la plus grande course à la voile autour du monde, en solitaire, sans escale et sans assistance. Non seulement les navigateurs qui participent à cette course doivent affronter les éléments, mais ils aident aussi les scientifiques à la préservation des océans.

Dès le départ de la course du Vendée Globe, 10 skippers ont embarqué à bord des instruments scientifiques pour soutenir le système mondial d’observation de l’océan, dans le cadre de la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable (2021-2030).

44.996,2 kilomètres soit 24.296 milles : telle est la distance autour du monde effectuée en 74 jours et 3 heures par le vainqueur de la dernière édition du Vendée Globe, Armel Le Cléach, en 2016-2017.

Environ 2.000 instruments autonomes (tels que des flotteurs profileurs et des bouées dérivantes) doivent être déployés chaque année pour soutenir le système mondial d’observation de l’océan.

« Habituellement, le déploiement d’instruments d’observation de l’océan se fait par le biais de navires océanographiques de recherche. Mais les navires de recherche ne sont pas très nombreux et on ne peut pas couvrir tout l’océan », explique Martin Kramp, coordinateur technique au Centre international de coordination des systèmes d’observation météo-océanographiques (OceanOps).

OceanOps est un centre partagé par deux agences des Nations Unies, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO.

OceanOps recherche souvent des solutions pour accéder aux zones où il y a peu de bateaux, notamment dans l’hémisphère sud, autour de l’Antarctique. Les courses autour du monde sont donc idéales. Elles vont régulièrement dans ces zones au sud des grands caps, là où il y a peu de moyens pour collecter des données.

Manuel Cousin
Bouée météo sur le bateau du Groupe SETIN pendant le Vendée Globe 2020

Prise de conscience des navigateurs

L’idée d’utiliser la course au large comme outil océanographique date des années 2000.

« A la COP-21 (Conférence sur le climat) en 2015 à Paris, on a signé un premier grand partenariat avec la classe appelée IMOCA, la classe des monocoques de 60 pieds (18,28 mètres) », explique le coordinateur technique d’OceanOps.

« Tous les bateaux du Vendée Globe sont ce type de bateaux. Mais ces dernières années, il y a eu un changement de philosophie dans le milieu de la course au large. Il y a une prise de conscience environnementale des navigateurs, qui veulent participer à l’observation scientifique des océans », précise-t-il.

En janvier 2020, un partenariat a été signé entre l’UNESCO et l’IMOCA (International Monohull Open Class Association) pour soutenir les sciences de l’océan et la protection de l’océan. Pendant deux ans, ces organisations mèneront divers projets conjoints, y compris des observations mer-océan.

Cette collaboration est coordonnée par le Système mondial d’observation de l’océan (GOOS), soutenu par l’UNESCO par l’intermédiaire de sa Commission océanographique intergouvernementale.

En 2020, six bouées dérivantes et un flotteur profileur Argos ont été déployés par les skippers IMOCA lors de la course Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne.

« En 2020, une grande partie des skippers étaient partants. Et ils ont dit OK, même si ce n’est pas encore standardisé, même si on n’est que 12 sur 33 skippers qui assistent, même si ça veut dire que je prends 20 voire 40 kilogrammes supplémentaires pour une partie de la course, je vais le faire quand même parce que c’est quelque chose de bien, ça va au-delà de l’aspect sportif et ça aide la science de la climatologie mais aussi pour les observations de demain », souligne Martin Kramp.

Les skippers de l’IMOCA ont confirmé leur profond attachement à la protection de l’océan. Durant le Vendée Globe, avec l’aide d’OceanOPS, sept bouées météorologiques et trois flotteurs profileurs ont été déployés par les skippers IMOCA, dans les zones sous-échantillonnées de l’océan. Ces instruments sont en grande partie financés par des pays européens.

Mais cette année, l’autre nouveauté c’est que certains de ces instruments ont aussi été financés par les équipes. « Ils ont parlé avec leurs sponsors et ils ont dit : on pourrait faire un programme scientifique autour du programme Vendée Globe. Cependant, j’ai besoin de financement. Et on a eu cette chance que quelques partenaires aient dit OK, on veut assister cet effort-là. Et ils ont financé les instruments à bord », se réjouit Martin Kramp.

@Boris Herrmann/IMOCA
Instruments scientiques à bord des voiliers IMOCA pour le Vendée Globe.

Changement des océans

Au cours des années, les skippers ont vu combien les océans ont changé. « Ils nous ont dit : on a vu des vaches qui flottaient dans l’eau, on a vu des machines à laver, on a vu du plastique partout. Donc ils ont des impressions qui sont assez négatives », se rappelle Martin Kramp.

« Tout à l’heure j’ai parlé avec Boris Herrmann qui est un des skippers du Vendée Globe, pour planifier le déploiement de son flotteur Argos. Il disait que les sargasses, algues brunes potentiellement dangereuses pour la santé et qui menacent l’environnement, cette année elles sont déjà présentes dans la partie très Est de l’Atlantique nord, on n’a jamais vu ça avant. Et donc là, ils sont au premier rang pour voir cela », ajoute-t-il. « Dans l’hémisphère sud, il faut faire attention à la glace des icebergs qui dérivent vers le nord, il faut les éviter. Et là aussi on a l’impression qu’on ne pourra plus jamais battre le record parce que la route devient de plus de plus en plus longue ».

@Yvan Zedda/Alea #VG2020
Des instruments météo et scientifiques à bord des voiliers IMOCA pour le Vendée Globe

Un système scientifique à bord obligatoire.

De même qu’il est obligatoire d’avoir un radeau de survie à bord, OceanOps espère qu’un système scientifique à bord sera obligatoire sur tous les navires.

« Ça permettra de collecter le même type de données par plusieurs navires en même temps, dans plus ou moins la même zone. Donc on peut comparer entre les différentes éditions du Vendée Globe mais aussi avec les autres courses », dit Martin Kamp.

« On a un vu aussi, dans cette communauté voile, une vraie envie de travailler ensemble. Donc, on a une vraie communauté, la voile et la science, qui se développe, qui essaye de trouver un programme cadre pour bien travailler ensemble, pour que les données soient comparables et ainsi faire un grand effort tous ensemble. Et cette intégration entre les différents programmes d’observation entre les différents projets, c’est très important pour le succès de ce type de programme », conclut-il.