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Lutte contre le VIH : la Covid-19 pourrait provoquer jusqu’à 150.000 décès supplémentaires en trois ans (ONUSIDA)

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World/Masaru Goto
Au Cambodge, une femme atteinte du VIH/sida s’aide d’une canne pour s’approcher de son lit d’hôpital.

La pandémie de Covid-19 menace les progrès accomplis au cours des 20 dernières années dans la lutte contre le VIH, a prévenu jeudi l’ONUSIDA, qui ajoute que le nouveau coronavirus pourrait provoquer jusqu’à plus de 150.000 décès supplémentaires en trois ans.

Dans un rapport rendu public aujourd’hui à Genève, l’Agence onusienne estime que la pandémie mondiale détériore une situation déjà préoccupante. La lutte mondiale contre le sida était mal engagée avant que la pandémie de Covid-19 ne frappe, mais la propagation rapide du coronavirus a créé des revers supplémentaires.

Et même si certains pays ont réussi à limiter les effets de la pandémie, moins de personnes ont été détectées et moins de soins ont été donnés.

Par conséquent, la modélisation de l’impact à long terme de la pandémie sur la lutte contre le VIH montre qu’il pourrait y avoir entre 123.000 et 293.000 nouvelles infections supplémentaires par le VIH entre 2020 et 2022. Le nouveau coronavirus pourrait être responsable cette année et les deux suivantes de 69.000 à 148.000 décès supplémentaires liés au sida.

« Les avancées de ces dernières années sont menacées », a déclaré lors d’un point de presse virtuelle depuis Genève, la Directrice exécutive Winnie Byanyima. Et « pour remettre la réponse mondiale sur les rails, il faudra donner la priorité aux personnes et s’attaquer aux inégalités sur lesquelles les épidémies se développent », a ajouté Mme Byanyima.

« S’attaquer aux inégalités sur lesquelles les épidémies se développent »

De telles chiffres viennent remettre en cause les objectifs affichés sur plusieurs années et qui cherchaient à faire baisser les nouveaux cas et les décès de 500.000 chacun d’ici la fin de l’année. Or, selon le rapport mondial sur le VIH publié jeudi, le nombre d’infections est supérieur de 3,5 millions et celui des décès de centaines de milliers par rapport à ce qui avait été envisagé.

« Mettre en œuvre uniquement les programmes les plus acceptables sur le plan politique ne permettra pas d’inverser la tendance contre la Covid-19 ou de mettre fin au sida », a rappelé la directrice exécutive de l’ONUSIDA. Pour la Cheffe de cette Agence onusienne basée à Genève, « pour remettre la réponse mondiale sur les rails, il faudra donner la priorité aux personnes et s’attaquer aux inégalités sur lesquelles les épidémies se développent ».

Mais le coronavirus n’est pas seul en cause. « La réponse mondiale au VIH était en retard avant même la pandémie de Covid-19 », ajoute Mme Byanyima. Une façon de rappeler que l’insuffisance des investissements et des mesures de lutte contre le VIH et d’autres pandémies a laissé le monde exposé au coronavirus.

Alors que la pandémie de Covid-19 pousse la lutte contre le sida encore plus loin et que les objectifs de 2020 ne sont pas atteints, l’ONUSIDA exhorte donc les pays à tirer les leçons du sous-investissement dans la santé et à intensifier l’action mondiale pour mettre fin au sida et aux autres pandémies.

Une jeune formatrice, Arafat, portant un foulard rouge, discute avec un groupe d’enfants du VIH/sida dans une communauté de Khartoum-Nord, au Soudan. Photo : UNICEF/Noorani

De nouveaux objectifs pour se remettre sur les rails

Dans son nouveau rapport intitulé « Prévenir les pandémies en plaçant l’homme au centre », l’ONUSIDA appelle donc les pays à investir bien davantage dans la lutte contre la pandémie mondiale et à adopter une nouvelle série d’objectifs audacieux, ambitieux mais réalisables en matière de VIH. Si ces objectifs sont atteints, le monde sera à nouveau en mesure de mettre fin au sida en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030.

Face à ces chiffres, l’ONUSIDA avance un nouveau dispositif qui, s’il est atteint, rendrait possible l’Objectif de développement durable de réduire de 90% les infections et les décès du VIH d’ici 2030. Au total, celui-ci prévoit que 95% des personnes sachent qu’elles sont malades et que 95% de celles-ci soient prises en charge. Et 95% d’entre elles doivent ensuite être débarrassées du virus.

Autre souhait, 95% de femmes devraient avoir accès à des soins de santé sexuelle et reproductive. De tels objectifs devraient permettre de réduire à moins de 500.000 les nouvelles infections et à environ 300.000 les décès en 2025.

Car même si certains pays d’Afrique subsaharienne, comme le Botswana et Eswatini, ont « remarquablement bien réussi et ont atteint, voire dépassé, les objectifs fixés pour 2020 », de nombreux autres pays sont à la traîne.

Un concours de hula hoop en Afrique du Sud pour soutenir la lutte contre le VIH/Sida. Ce pays a connu une baisse de 76% de nouvelles infections d’enfants par le virus depuis 2009.Photo ONUSIDA/P. Thekiso

Plus de 1,6 million de personnes infectées et près de 700.000 décès l’année dernière

Les pays les plus performants ont ouvert la voie à d’autres pays. L’ONUSIDA a travaillé avec ses partenaires pour tirer les leçons de cette expérience et proposer une série d’objectifs pour 2025, dans le cadre d’une approche centrée sur les personnes. « L’échec collectif à investir suffisamment dans des réponses au VIH fondées sur les droits et centrées sur les personnes a eu un prix terriblement élevé », a fait valoir Mme Byanyima.

En attendant, plus de 1,6 million de personnes ont été infectées l’année dernière et près de 700.000 sont décédées de la maladie dans le monde. Des chiffres « inadmissibles » alors que des mécanismes de prévention et des soins sont abordables.

Au total, près de 39 millions de personnes sont désormais atteintes du VIH. Aujourd’hui encore, plus de 12 millions de personnes attendent d’obtenir un traitement contre le VIH et 1,7 million d’infections imputables à l’absence d’accès aux services essentiels ont été enregistrées en 2019.

Les avancées notées ces dernières en Afrique subsaharienne ont été atténuées par des augmentations des cas dans le reste du monde, notamment en Europe de l’Est.

Plus largement, l’ONUSIDA appelle la communauté internationale à tirer les leçons des erreurs commises dans la lutte contre le VIH. « Dans sa riposte à la Covid-19, l’humanité ne peut pas répéter les erreurs du passé dans la lutte contre le VIH lorsque des millions de personnes vivant dans des pays en voie de développement sont mortes en attendant un traitement », avertit l’Agence onusienne, expliquant pourquoi elle « milite ardemment en faveur d’un vaccin universel contre le coronavirus ».

Et « alors que 2020 touche à sa fin, le monde fourmille de dangers et les mois à venir ne seront pas faciles », a alerté la Directrice exécutive de l’ONUSIDA.