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Liban : les agences de l’ONU se démènent pour venir en aide aux victimes de l’explosion de Beyrouth

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L’explosion du port de Beyrouth a causé d’importants dégâts dans les zones résidentielles voisines

Les agences onusiennes s’efforcent de soutenir les victimes de l’explosion dévastatrice d’un entrepôt à Beyrouth, qui a sapé un système de santé libanais déjà fragile, ont déclaré vendredi les porte-paroles des agences de l’ONU.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’inquiète notamment de la surcharge des hôpitaux, des pénuries de médicaments et de fournitures médicales. D’autant plus que les dommages causés aux hôpitaux ont réduit leur capacité de fonctionnement de 500 lits.

« Trois hôpitaux ne fonctionnent plus et deux sont partiellement endommagés » ainsi que des centres de santé, a rappelé Christian Lindmeier, le porte-parole de l’OMS, lors d’un point de presse virtuel depuis Genève.

En outre, une dizaine de conteneurs contenant des milliers d’équipements de protection individuelle (EPI) – utilisés pour empêcher la propagation de Covid-19 – ont également été détruits. Dans ce pays paupérisé, en proie à la « crise des réfugiés » (Syriens et Palestiniens) et de la Covid-19, « la vulnérabilité s’est encore accrue avec l’explosion », a insisté M. Lindmeier.

L’OMS estime avoir besoin de 15 millions de dollars pour couvrir ses opérations au Liban, notamment les traumatismes d’urgence immédiats, les besoins de santé et la lutte contre le Covid-19.

De son côté, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) souhaite recueillir 8,25 millions de dollars et « ce n’est qu’un appel préliminaire ».

« Les besoins sont énormes et immédiats », a lancé Marixie Mercado, porte-parole de l’UNICEF.

UNIFIL
Des silos à grains dans le port de Beyrouth ont été détruits par l’explosion.

Le Liban importait 85% de ses denrées alimentaires

Il y aurait « jusqu’à 100.000 enfants déplacés », selon des estimations signalees pour l’UNICEF. Leurs foyers auraient été touchés par l’explosion, des écoles abîmées et « des milliers d’équipements de protection contre le nouveau coronavirus détruits ».

Des rapports préliminaires de l’UNICEF indiquent que plus de 120 écoles publiques et privées ont subi des dommages allant de fenêtres soufflées à des dommages totaux des infrastructures.

Cinq des sept chambres froides à vaccins d’un entrepôt du port dont la maintenance est soutenue par l’UNICEF ont été détruites. Tous les vaccins ont été transférés en toute sécurité dans d’autres chambres froides la nuit même des explosions.

L’unité pédiatrique Assameh Birth and Beyond de l’hôpital de Karantina, qui disposait d’une unité spécialisée dans le traitement des nouveau-nés nécessitant des soins intensifs, a été totalement détruite. Seize autres centres de soins de santé primaires desservant quelque 160.000 personnes ont subi des dommages.

Signalant la situation déjà précaire du pays dont la moitié des habitants vivent désormais dans la pauvreté, les responsables ont souligné l’urgence d’intervenir dans deux domaines – médical et alimentaire – alors que des silos, des conteneurs et des hôpitaux ont été détruits mardi.

Les agences d’aide de l’ONU mettent d’ailleurs en garde contre une crise humanitaire au Liban, les approvisionnements alimentaires risquant d’être interrompus et les prix d’augmenter en raison des dégâts subis par le port.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), le Liban importait 85% de ses denrées alimentaires.

© UNOCHA
Le port de Beyrouth était à l’épicentre de l’explosion.

Le PAM envoie 5.000 colis alimentaires au Liban

L’Agence onusienne craint donc que l’explosion et les dommages causés au port n’exacerbent une situation de sécurité alimentaire déjà sombre – qui s’est aggravée en raison de la profonde crise financière du pays et de la pandémie de Covid-19.

Près de de la moitié des Libanais craignaient déjà de ne pas avoir assez de nourriture à manger

Les graves dégâts subis par le port de Beyrouth – le plus grand du pays – pourraient limiter le flux des approvisionnements alimentaires dans le pays et pousser les prix des denrées alimentaires hors de portée de beaucoup », a alerté la porte-parole du PAM, Elisabeth Byrs.

Une récente enquête du PAM de l’impact de la crise économique, de l’épidémie de Covid-19 et des mesures de confinement qui en ont découlé sur les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire a révélé que l’alimentation est devenue une source majeure de préoccupation.

« Près de de la moitié des Libanais déclaraient craindre de ne pas avoir assez de nourriture à manger », a ajouté Mme Byrs.

Ces événements dévastateurs surviennent au moment où le Liban est confronté à « la pire crise financière de son histoire », avec notamment « un chômage qui monte en flèche et des salaires réduits ».

« De nombreuses familles ont du mal à joindre les deux bouts », a alerté le PAM.

Face à cette situation, le PAM envoie 5.000 colis alimentaires au Liban, chacun destiné à soutenir une famille de cinq personnes pendant un mois.

Avant l’explosion, le PAM avait déjà prévu de fournir une aide alimentaire d’urgence à 50.000 familles libanaises vulnérables (jusqu’à 250.000 personnes) touchées par la crise économique et la pandémie de Covid-19.

Les centres d’accueil du HCR restent ouverts

Le PAM prévoit d’importer de la farine de blé et des céréales pour les boulangeries et les moulins afin de contribuer à la protection contre les pénuries alimentaires dans tout le Liban, alors que le pays travaille à la reconstruction de son port principal.

Du côté de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), si tout le personnel du HCR est sain et sauf, leurs efforts humanitaires immédiats se concentrent sur trois domaines clés : l’hébergement, la santé et la protection.

A cet égard, la réponse sanitaire du HCR contre la Covid-19 se poursuit dans le cadre de cette toute dernière situation d’urgence. Une première phase d’expansion des capacités en termes de lits d’hôpitaux et d’unités de soins intensifs, y compris des fournitures et des équipements médicaux, des ventilateurs et des lits pour les patients, a été achevée la semaine dernière.

« Une deuxième phase est en cours d’accélération, compte tenu de la saturation des hôpitaux », a affirmé Charlie Yaxley, porte-parole du HCR. Ce soutien contribuera à réduire la pression sur les hôpitaux actuellement débordés et permettra de traiter rapidement un plus grand nombre de patients.

Par ailleurs, les centres d’accueil du HCR à travers le pays, y compris à Beyrouth, sont ouverts pour les cas critiques/urgents, avec la mise en œuvre de toutes les mesures de distanciation sociale liées à la crise de Covid.
Le centre d’appel national ainsi que les lignes d’assistance téléphonique régionales à travers le pays ont été dotés d’un effectif complet pour répondre aux demandes d’assistance.

Compte tenu de l’impact de l’explosion massive, l’Agence onusienne craint que, parmi les victimes et les blessés, se trouvent également des réfugiés vivant à Beyrouth.  Certaines des zones gravement touchées par la violente explosion comprennent des quartiers qui accueillaient des réfugiés.

« Alors que nous continuons à évaluer la situation, nous avons reçu des informations préliminaires – qui ne sont pas encore confirmées – faisant état de plusieurs décès parmi les réfugiés à Beyrouth. Nous travaillons avec les équipes de secours et d’autres employés humanitaires pour aider à leur identification et au soutien des familles en deuil », a détaillé M. Yaxley.

La Cheffe des droits de l’homme de l’ONU demande une enquête indépendante

Face à ce drame, la Haute-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) demande une enquête indépendante, impartiale et transparente sur l’explosion de Beyrouth.

Cet événement tragique doit être un tournant pour les dirigeants du pays afin de sortir de l’impasse politique.

Les services de la Haute-Commissaire Michelle Bachelet estiment que « les appels des victimes pour que les responsables répondent de leurs actes doivent être entendues ».

« L’effroyable explosion de cette semaine à Beyrouth a mis en évidence la nécessité pour la communauté internationale de se mobiliser et d’aider le Liban et son peuple en temps de crise », a insisté le porte-parole du HCDH, Rupert Colville.

« Seule une réponse internationale rapide et un engagement soutenu permettront d’éviter de nombreuses autres pertes en vies humaines », a-t-il ajouté.

L’Agence onusienne considère que cet « événement tragique doit être un tournant pour les dirigeants du pays afin de sortir de l’impasse politique ».

Ces derniers doivent « répondre aux griefs de la population qui ont été exprimés pour la première fois lors des manifestations d’octobre 2019 », selon le HCDH.

« Alors que la ville et le pays se reconstruisent, la nécessité de protéger les droits des plus pauvres et des plus vulnérables par des actions et des réformes collectives sera plus importante que jamais », a conclu M. Colville.