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Covid-19 : près de 40 millions de déplacés confrontés à des risques accrus de violences, de discrimination et d’abus

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© UNHCR/Shabia Mantoo
Des enfants yéménites déplacés jouent dans la vieille ville d’Amran.

Près de 40 millions de déplacés sont confrontés à des risques accrus de violences, de discrimination et d’abus des droits humains, a averti lundi l’Agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR), soulignant le besoin vital d’atténuer les effets de la pandémie.

« Des millions de personnes déplacées internes et affectées par les conflits sont en danger ou en train de passer à travers les mailles du filet », a déclaré Gillian Triggs, Haut-Commissaire assistante du HCR chargée de la protection internationale.

Selon un nouveau rapport conjoint du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) et du Groupe mondial de la protection (GPC) dirigé par le HCR, près de 40 millions de personnes pourraient être laissées pour compte cette année, parmi les 54 millions de bénéficiaires d’assistance inclus dans 26 plans d’aide humanitaire.

Le Secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés, Jan Egeland, a ajouté que « le bilan humain de la pandémie parmi les personnes vulnérables à travers le monde ne devrait pas seulement se mesurer par les pertes en vies humaines, mais plutôt par le nombre de vies anéanties qu’il faut cesser de passer sous silence ».

Car sur le terrain, les violences sexistes se sont accrues de « façon exponentielle » depuis le début de la pandémie de Covid-19. Des experts avaient prévu en avril dernier que, pour chaque trimestre sans levée des mesures de confinement à travers le monde, 15 millions de femmes et de jeunes filles supplémentaires seraient confrontées à la violence sexiste.

Plus de 4.000 cas de violence sexiste signalés au Mali entre janvier et septembre

Les statistiques du GPC montrent qu’au Mali, plus de 4.400 cas de violence sexiste ont été signalés entre janvier et septembre. Environ 66% des victimes de la violence sexiste signalées depuis janvier 2020 sont des jeunes filles de moins de 18 ans.

Le rapport signale également que seulement la moitié des villes disposaient de services de soutien.

Treize millions de mariages précoces supplémentaires pourraient survenir au cours des dix prochaines années en raison des effets secondaires de la pandémie

« Au Niger, des informations ont été reçues concernant des femmes torturées pour s’être engagées dans une activité économique en dehors du foyer, et ne portant pas le voile intégral », détaille le rapport.

En République centrafricaine (RCA), les incidents de violence sexiste signalés ont plus que doublé, notamment les viols, l’esclavage sexuel et les mariages forcés.

« La RCA était déjà auparavant l’un des endroits les plus dangereux au monde pour une femme ou une jeune fille », rappelle le document.

Au nord du Mozambique, les civils ont été témoins au mois de novembre « de massacres perpétrés par des groupes armés non étatiques dans plusieurs villages », qui ont conduit à des décapitations ainsi qu’à des enlèvements de femmes et d’enfants.

Les mariages précoces sont également en hausse. Treize millions de mariages précoces supplémentaires pourraient survenir au cours des dix prochaines années en raison des effets secondaires de la pandémie, selon les estimations des Nations Unies. Au Yémen par exemple, plus des deux tiers des jeunes filles seraient déjà mariées avant l’âge de 18 ans, contre 50% avant le conflit.

« La crise de Covid-19 a frappé très durement des millions de personnes en les privant complètement des services de protection. Les femmes violées et battues portent à vie les stigmates de ces violences. Les enfants enrôlés de force par des groupes armés non étatiques ne pourront pas récupérer leur enfance perdue », a fait valoir M. Egeland.

Plus de financement pour prévenir des « abus inqualifiables »

Une augmentation de la violence et des conflits armés a également été enregistrée, les attaques contre les civils ayant augmenté de 2,5% depuis le début de la pandémie. Par exemple, plus de 1.800 incidents violents impliquant des groupes armés ont été enregistrés depuis le début de la pandémie – soit une hausse de 70% – principalement en Afrique de l’Est et de l’Ouest.

« La pandémie de Covid-19 inflige une crise des droits humains sans précédent envers les personnes les plus vulnérables au monde », a ajouté Mme Triggs, relevant que « le monde ne peut pas se permettre de rester complaisant et indifférent à leur sort ».

Il faut davantage de financements pour sauver des vies humaines et guérir des blessures, mais aussi pour prévenir efficacement une nouvelle vague de violences et d’abus inqualifiables

Des millions de vies humaines sont en jeu et les conflits armés continuent d’être le principal facteur du déplacement forcé ». Or dans le même temps, le fossé se creuse entre les besoins de protection durant la pandémie et le financement.

Cette année, les contributions destinées à la protection des personnes les plus vulnérables dans les crises humanitaires ne s’élèvent qu’à 25% des fonds nécessaires. De plus, historiquement, près de 70% du financement des services de protection ne provient que de cinq bailleurs de fonds : l’Union européenne, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Nations Unies et les États-Unis.

Cette année, le secteur de la protection ne s’élève qu’à 24% des besoins alloués à l’aide humanitaire. De ce fait, dans un pays comme le Cameroun, le financement des prestations de protection en 2020 a baissé de façon spectaculaire face aux besoins. Seulement 13% de l’appel de fonds a été reçu, soit à peine 3 dollars par personne. Plus de 2 millions de personnes se retrouvent ainsi sans assistance.

« Dès 2021, les répercussions de l’année 2020 commenceront à se faire sentir. Comme le montre notre rapport, il faut davantage de financements pour sauver des vies humaines et guérir des blessures, mais aussi pour prévenir efficacement une nouvelle vague de violences et d’abus inqualifiables », a alerté Jan Egeland.