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A Davos, l’ONU rappelle que la santé ne doit pas être un privilège réservé aux riches

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A Ambon, en Indonésie, une femme enceinte effectue une visite dans un centre local de santé.

A l’ouverture du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, les Nations Unies rappellent aux gouvernements leurs engagements de réaliser la couverture sanitaire universelle (CSU) d’ici 2030.

Le Programme conjoint des Nations Unies pour la lutte contre le VIH/sida (ONUSIDA) a appelé mardi les gouvernements à consacrer les dépenses publiques nécessaires pour faire du droit à la santé une réalité. Selon l’ONUSIDA, au moins la moitié de la population mondiale n’a pas accès aux services de santé essentiels.

« Le droit à la santé échappe aux pauvres et les personnes qui tentent de se sortir de la pauvreté sont écrasées par les coûts inacceptablement élevés des soins de santé », a déclaré Winnie Byanyima, la Directrice exécutive de l’ONUSIDA. « Les 1% les plus riches bénéficient de la science de pointe tandis que les pauvres ont du mal à obtenir même des soins de santé de base ».

Près de 100 millions de personnes sont poussées dans l’extrême pauvreté (moins de 1,90 dollar par jour) parce qu’elles doivent payer pour les soins de santé, et plus de 930 millions de personnes (environ 12% de la population mondiale) dépensent au moins 10% du budget de leur ménage en soins de santé. Dans de nombreux pays, les gens se voient refuser des soins de santé ou reçoivent des soins de mauvaise qualité en raison de prix inabordables.

Vendredi dernier, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a appelé tous les pays à accélérer leurs efforts afin de tenir leurs engagements pour parvenir à la CSU et atteindre les autres cibles liées à la santé des Objectifs de développement durable (ODD).

« Les soins de santé financés par l’État sont le plus grand égaliseur de la société », a déclaré Mme Byanyima. « Lorsque les dépenses de santé sont réduites ou inadéquates, ce sont les pauvres et les personnes en marge de la société, en particulier les femmes et les filles, qui perdent d’abord leur droit à la santé, et elles doivent supporter le fardeau de prendre soin de leur famille ».

Des avantages fiscaux qui pénalisent les investissements

Dans de nombreux pays, les investissements dans la santé restent très faibles par rapport à leur produit intérieur brut. La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) estime que les pays en développement perdent entre 150 et 500 milliards de dollars par an en raison de l’évasion fiscale des entreprises et du transfert de bénéfices des grandes entreprises.

Si cet argent perdu était investi dans la santé, les dépenses de santé pourraient tripler dans les pays à faible revenu et doubler dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, souligne l’ONUSIDA.

La course à la fraude à l’impôt sur les sociétés prive les pays en développement de revenus indispensables et prive les citoyens ordinaires de services de santé vitaux. A titre d’exemple, les pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) perdent chaque année environ 9,6 milliards de dollars en raison de nombreuses allègements et avantages fiscaux.

« Il est inacceptable que les riches et les grandes entreprises évitent les impôts et que les gens ordinaires paient pour leur mauvaise santé », a déclaré Mme Byanyima. « Les grandes entreprises doivent payer leur juste part d’impôts, protéger les droits des employés, assurer un salaire égal pour un travail égal et offrir des conditions de travail sûres à tous, en particulier aux femmes ».

Endettement des pays africains

La dette constitue une menace sérieuse pour l’économie, la santé et le développement de l’Afrique. Elle entraîne de grandes coupes dans les dépenses sociales pour assurer le remboursement de la dette. Selon le Fonds monétaire international (FMI), en avril 2019, la moitié des pays africains à faible revenu étaient en situation de surendettement ou risquaient fort de l’être.

La Zambie a ainsi enregistré une baisse de 27% des investissements dans les soins de santé et une augmentation du service de la dette de 790% entre 2015 et 2018. Des tendances similaires ont été observées au Kenya, où le service de la dette a augmenté de 176% et les investissements dans la santé ont diminué de 9% entre 2015 et 2018.

« Il est urgent de gérer la dette de manière à protéger la santé des gens », a déclaré Mme Byanyima. « Cela signifie que le nouveau financement doit se concentrer sur les investissements sociaux, le remboursement de la dette étant interrompu pendant une période si nécessaire pour permettre la reprise économique et la restructuration de la dette dans le cadre d’un mécanisme coordonné pour protéger les dépenses liées au VIH, à la santé et au développement ».